La matière que j’aimais le moins à l’école, c’était l’introduction aux questions économiques et sociales. Je n’y comprenais rien, et surtout je ne comprenais pas à quoi çà servait, contrairement aux maths et aux sciences qui au moins me donnaient accès à une meilleure compréhension de notre univers physique. Les sciences économiques et sociales parlaient des étranges sociétés construites par les humains, et moi celle dans laquelle j’avais grandi était un petit monde tranquille de petits propriétaires agricoles et de fonctionnaires, pour lesquels les questions économiques au quotidien se résumaient à travailler pour gagner de quoi vivre, maîtriser prudemment les dépenses et emprunts nécessaires (principalement dans la terre et la pierre, financement des études des enfants, etc…), et à épargner dans la mesure du possible en prévision de jours difficiles (notamment des vieux jours et accidents de la vie). Tout simplement…

Aujourd’hui encore, j’ai de la peine à comprendre les journaux financiers, bardés de points de vue ultra-techniques pour cerveaux gauches hypertrophiés, tandis que les éditoriaux des quotidiens généralistes me laissent sur ma faim intellectuelle de comprendre les fondamentaux de tous ces systèmes qui semblent s’emballer dans d’étranges et folles spirales sans que grand-monde n’y comprenne plus grand-chose.

Et pour cause? Ce matin, un lien sur Twitter a attiré mon attention: 75% des investissements dans les actions des entreprises en bourse aux USA sont désormais décidés par des ordinateurs; déjà 1/3 en Grande-Bretagne. Sur la base de quels algorithmes? à ma connaissance, principalement de l’analyse technique, purement mathématique, des courbes d’évolution des prix d’achat et de vente. Le but de fond? assurer la meilleure croissance possible du « retour sur investissement »: « cher ordinateur, investis mes 100$ d’épargne, et trouve-moi comment en tirer 105$ dans un an, comment les doubler dans 10 ou 20 ans, etc, pour me payer ma maison, mes vacances, ma retraite (ou plutôt pour les payer à mes clients, ces logiciels restant essentiellement professionnels aujourd’hui…)« … Etrange détournement du but initial de mettre à disposition des entrepreneurs du capital permettant d’investir de le développement de leur industrie, pour en échange en partager les fruits, ou pas, selon qu’il y avait derrière une réussite dans le marché, ou pas, ce qui a tout de même conduit au développement économique et social des deux cents dernières années…

Je suis technologiste moi-même et convaincue que les machines peuvent nous aider à faire bien mieux en étendant nos capacités naturelles, comme on l’a vu avec la mécanisation qui nous permet de manger plus qu’à notre faim, les télécommunications qui nous permettent de papoter instantanément avec famille et amis au bout du monde, les nouvelles technologies médicales qui permettent d’aller regarder et opérer jusqu’au coeur des organes sans devoir déchirer les corps pour y laisser entrer les grosses mains et les gros yeux de nos chirurgiens humains… mais encore faut-il définir le « bien mieux » qui nous guider nos recherches et développements de ces machines, et c’est très difficile! Tous les systèmes artificiels actuels de gestion financière dont j’ai entendu parler sont programmés dans une logique de croissance, hypothèse fondamentale à la racine de notre monde industriel moderne. Effectivement, difficile de payer des retraites et des soins médicaux sans cesse améliorés à des générations de baby-boomers pendant les 20, 30 ou 40 prochaines années sans les prélever sur un surplus de croissance. Effectivement, difficile de mener le prochain milliard d’être humains à notre niveau de vie d’occidentaux gâtés par notre avantage de pionniers des 30 glorieuses au 20e siècle sans les laisser développer leur part de croissance à leur tour – même si cela doit tuer la planète, et peut-être pas mal de monde avec.

Y a-t-il des alternatives? je les cherche, et tout ce que je trouverai je viendrai en parler ici… je suis ingénieur de formation, j’aime les problèmes complexes: pas pour les problèmes eux-mêmes, mais pour le plaisir de leur trouver des solutions! et plus on sera de fous à y réfléchir, plus on aura de chances d’en trouver qui soient collectivement bonnes, pas seulement individuellement.

Au fait… vous ne vous sentez peut-être pas concernés par la finance? mais vivez-vous vraiment sans argent, sans salaire, sans compte en banque, sans assurances, sans dette et sans épargne, et même sans utiliser les infrastructures publiques financées par la collectivité via différents mécanismes économiques et financiers telles que les écoles, les routes, les hôpitaux? Même les retraites étatiques, même les collectivités locales telles qu’on les trouve en France, en Suisse, partout dans notre monde, sont gérées sur les marchés financiers internationaux, directement ou indirectement (les deux tiers de la dette française sont en mains étrangères). Quand ce n’est pas via des actions, c’est à travers des obligations (emprunts des entreprises) et des bons du trésor (emprunts des états), voire des instruments financiers complexes comme ceux qui ont récemment étranglé les finances des municipalités de St-Etienne et d’Argenteuil, et du département de Seine-Saint-Denis. C’est pour cela que la crise de la dette de la Grèce peut toucher la retraite d’un instituteur français et la réfection de l’école de ses petits-enfants, mais aussi celle d’un américain et même, quoique plus indirectement, l’épargne d’un commerçant chinois! Il n’y a guère que la Corée du Nord à rester hors de tout cela, je crois…

Dans ce contexte, et puisque nous occidentaux avons la chance de vivre dans des démocraties qui nous permettent de prendre nos responsabilités individuelles de citoyens librement pour orienter les choix collectifs selon nos convictions, valeurs et idéaux, il est important de mieux comprendre tout cela pour faire ces choix en connaissance de cause. Or on ne l’apprend pas à l’école, et plus j’écoute les politiques dans les deux pays dont je suis citoyenne, et aux USA par curiosité, plus j’ai de questions, pas de réponses. Il reste les médias, et notamment le web2.0 qui met à notre portée des blogs pédagogiques, bien illustrés, de passionnés de l’économie ou de la finance qui partagent leurs trouvailles et leurs réflexions. A explorer tous azimuts en gardant son esprit critique, questions et réflexions, pour participer à son tour au débat d’idées, en utilisant le web2.0 en direct comme les gamins du printemps arabe… oui, c’est possible et à portée de clics.

En voici donc quelques-uns, francophones, qui m’ont beaucoup appris ces derniers mois:

Le blog d’Olivier Berruyer: les crises en images, en courbes, et petites notes explicatives. Très utile pour comprendre les fondamentaux. Ebauche de solutions donnant quelques pistes, mais beaucoup trop franco-centriques à mon avis.

Le blog d’Olivier Crottaz: pour suivre au quotidien les observations et questionnements d’un gestionnaire de fortune indépendant en Suisse. Je pense que c’est important de comprendre que derrière la finance il y a des hommes et des femmes et pas seulement des ordinateurs, et que dialoguer avec eux ne peut qu’enrichir le débat pour trouver des solutions pour tous (malheureusement désormais limité sur ce site qui a fermé ses commentaires depuis quelques jours).

Le site « Devenir rentier » de Philippe Proudhon a.k.a. Investisseur Heureux, son forum et son livre: comment prendre son épargne retraite en mains, si possible pour une retraite anticipée… ou à défaut, mieux comprendre les mécaniques que le banquier ou l’assureur vie à qui vous l’avez confiée utilise lui-même, tout en se payant salaires et bonus au passage. Intéressant à suivre pour bien comprendre le système, en particulier sur l’investissement financier à long terme… cela m’a aidée à réaliser combien on s’en est éloignés dans notre économie actuelle et comment fonctionnent la bourse et ma propre épargne retraite, même si une bonne partie des sujets abordés sont spécifiques aux régulations françaises.

Le site « Causes des crises économiques » de J.F. Beaulieu, perspective historique sur les causes des grandes crises économiques dans l’histoire et explication de ce qu’est la monnaie Fiat, sur laquelle notre économie se développe (et peut-être commence à s’écrouler, hélas) depuis 40 ans. Découverte récente que je n’ai pas encore fini de digérer tant elle a heurté mes propres croyances sur la valeur de l’argent, et qui me porte à orienter mes prochaines lectures sur les systèmes monétaires passés, présents et les perspectives alternatives (travaux de l’universitaire belge C. Arnspenger notamment – voir son blog sur les transitions économiques – mais aussi des initiatives « du terrain » comme celles explorées par Venessa Miemis – voir son blog, en anglais). A suivre!

Publicités