Liberty Plaza one day before occupywallstreet

Je me suis demandé ce week-end si cette photo pourrait marquer la fin d’un monde… celui d’une petite place tranquille, boisée, marbrée, fleurie, tout en contrebas de vertigineux gratte-ciels. C’était le 16 septembre 2011, vers 9h, un matin un peu frais et très calme dans le district financier de New York.

Bref, 24h heures avant que le mouvement occupywallstreet n’y installe son campement…

Quelques heures plus tard, je suis à l’aéroport JFK, largement en avance pour prendre mon vol vers Zurich. J’achète un forfait wifi pour aller lire les news, venant d’apprendre que l’UBS vient de se découvrir un nouveau Jérôme Kerviel à 2 milliards dans son service Delta One à Londres… Et c’est sur nouvelobs.com qu’une autre nouvelle attire mon attention: les Anonymous appellent 20000 personnes à venir occuper Wall Street à partir du samedi 17 septembre, espérant une mobilisation façon printemps arabe « pour restaurer la démocratie en Amérique ».

En réalité, seules 200 ou 300 personnes se sont présentées apparemment. Et ont installé leur campement sur cette petite place arborée. Je les comprends: je m’y suis arrêtée le matin parce qu’on y est bien, bien que petits et un peu maigrichons, les arbres y font comme un havre de verdure sous les gratte-ciel, et en même temps on se sent au centre du monde, à quelques centaines de mètres de Ground Zero, de Wall Street, et des pierres tombales d’une poignée de premiers New Yorkais.

Il est possible de suivre en live ce qui s’y passe ici; au moment où j’écrivais ces lignes dimanche soir, c’est l’assemblée générale qui s’y tenait, et ce week-end, entre 5000 et 6000 personnes étaient branchées sur le flux vidéo aux heures où j’y ai jeté un oeil.

Il y a eu la semaine dernière plein de rumeurs de censure de la part des médias sociaux comme des médias traditionnels. Cela me surprend, car c’est bien un média traditionnel (OK, français) qui a attiré mon attention sur cet évènement, et samedi soir, c’est un re-tweet de Matthew Bishop, éditeur en chef du bureau de New York du magazine The Economist, qui a attiré mon attention sur le flux live. Peut-être simplement que les médias traditionnels font leur travail. Quel est le message, quelles sont les nouvelles idées derrière cette occupation? s’il n’y en a pas, pourquoi les médias traditionnels leur feraient-ils plus de place qu’au reste de l’actualité? et s’il y en a, euh… on les trouve où (merci d’avance pour les liens)?

Bon, en fait, j’ai aussi l’impression que les manifs de ce genre, c’est un peu démodé. Les vraies révolutions, celles qui se construisent en silence sur les bonnes idées nées de rencontres improbables, s’observent ailleurs à l’heure d’internet. Il y a une foison de blogs, d’initiatives, d’articles disséminés partout à explorer pour les esprits curieux à la recherche de nouveaux éclairages. Apparemment, 600 personnes se sont rencontrées dans les Alpes françaises le temps d’un week-end à la mi-septembre pour ré-inventer l’économie sous un angle plus spirituel. Soit plus de monde qu’à Wall Street, et pas des moindres cerveaux (le professeur Arnsperger, par exemple). Et personne n’en a parlé… ah si, « Nouvelles Clés ».

De toute façon, les petites évolutions locales sont à portée de chacun très, très loin de Wall Street pour la majeure partie de l’humanité. Par exemple, il est possible déplacer de l’épargne dans des banques plus locales, cela aidera votre voisin à financer son hypothèque ou un petit entrepreneur local à investir dans son développement (et ici en Suisse, peut-être qu’UBS se résoudra enfin à séparer ses activités obscures type Delta One de ses succursales de village, pour le plus grand soulagement des pauvres conseillers qui y travaillent tant bien que mal, en première ligne face au mécontentement et à l’inquiétude de leurs clients). Mais aussi choisir au supermarché en priorité les produits locaux, et prendre part à une association d’agriculture de proximité; et visiter les producteurs, pour mettre des visages et une histoire sur ces produits.

Etc.

Pas besoin d’aller occuper Wall Street.

Publicités