Il y a deux semaines, je m’interrogeais sur les revendications du mouvement Occupy Wall Street. Depuis, le mouvement s’est étendu, il commence à recevoir le soutien de différents syndicats, organisations, intellectuels, sans qu’il s’en dégage une vision claire, un leader, ou même un plan, et en même temps on peut le suivre en direct sur les médias sociaux et faire connaissance des gens qui s’y engagent (du moins, de la partie de leur vie qu’ils exposent publiquement sur internet).

Un re-twit a ainsi attiré mon attention cette semaine sur le site des « 99% ». L’idée est simple: un appel aux témoignages individuels des difficultés des « 99% » d’américains endettés pour leurs études, endettés pour leur santé, au chômage, sans avenir. Une photo, avec le visage plus ou moins masqué, et une lettre, une simple feuille A4, résumant leur problème.

C’est ce qui m’a fait soudain très concrètement prendre conscience de notre chance, ici en Europe.

Nos gouvernements financent encore des universités, des hautes écoles de qualité. Parfois même excessivement, comme j’ai pu l’observer il y a une vingtaine d’années, quand il était possible de toucher des allocations logement pour étudiant supérieures au coût effectif du logement. Impossible en effet d’adapter aux spécificités locales les règles dictées de tout là-haut loin à Paris… Je me doute donc bien qu’il y a les mêmes abus des aides sociales, comme le dénoncent certains mouvements politiques. Mais au moins quand on prend le métro on ne croise pas des gens édentés. Et les classes n’ont pas 50 élèves, même dans les quartiers défavorisés!

Reste que tout cela a un coût. La plupart de nos gouvernements n’arrivent pas à le couvrir par les impôts qu’ils lèvent. D’où ce fichu problème de la dette, encore et toujours. C’est un système qui n’a plus de sens; si on poursuit la logique financière jusqu’au bout, soit on diminue les dépenses et c’est insupportable humainement (voir ce qui se passe en Grèce), soit on augmente les impôts ce que personne n’arrive vraiment à faire politiquement tant cela fait peur à l’économie (même Obama, pourtant démocrate). Or, ce qui se dessine derrière Occupy Wall Street, il me semble que c’est encore une autre voie. Désespérés de ces impasses à répétition, ces indignés s’attaquent directement à la logique financière et économique. Ce sont au départ des altermondialistes qui se sont lancés là-bas. On peut lire sur leur site que lundi, certains d’entre eux promettent de faire tomber la bourse de New York par cyber-attaque.  Mais qu’est-ce que cela veut dire? Tuer la finance et l’économie? mais il se passe quoi, après?

Je n’ai pas de réponse… j’observe de loin. Et je me raccroche, je m’ancre à la simplicité du monde dans lequel je vis mon quotidien.

Cette semaine j’ai emmené mes enfants à différents rendez-vous médicaux, certains privés mais pris en charge par l’assurance maladie, d’autres au niveau cantonal, pour lesquels je ne sais même pas si je serai facturée. L’accès aux soins est facile (mais toujours sur rendez-vous), universel, et de qualité. Jamais un médecin ne m’a prescrit d’antibiotiques pour une gorge douloureuse, peu importe qu’elle soit rouge ou blanche, sans faire d’abord un test de streptocoques, en standard dans leurs cabinets depuis des années.

Mercredi, nous avions aussi la réunion d’information à l’école primaire. La classe n’a que 20 élèves. Des services spécialisés auxiliaires tels que logopédie, psychologue, psychomotricité, sont organisés pour aider de façon plus ciblée les enfants en difficulté à progresser pour leur donner toutes leurs chances. Les enfants ont du matériel scolaire neuf ou en tout cas en bon état, bénéficient de la piscine toutes les deux semaines, iront deux fois à la patinoire, et se verront même offrir l’abonnement de saison de ski des alpes fribourgeoises cette hiver. A la verrée de clôture de la soirée, l’un des papas se souvenait avoir monté les portes de la salle de classe, lors de l’extension du bâtiment, il y a 15 ans. Fierté… voilà un investissement public qui était bien utile, et durable!

L’après-midi, à la déchetterie communale, j’avais aussi croisé comme souvent plein de connaissances avec qui bavarder: ma voisine freelance paysagiste (suis encore en pleine réflexion de réaménagement de ma rocaille, j’espère qu’elle pourra m’aider quand j’aurai convergé sur un projet concret), mon responsable de dépôt de panier bio, qui rénove une ferme avec produits de proximité de qualité biologique au coeur du village. Il faut dire que depuis l’introduction de la taxe par sac il y a une dizaine d’années, la déchetterie est l’endroit le plus universellement fréquenté par les habitants, après l’administration communale. Nous sommes au bord des Alpes ici et personne n’aurait l’idée d’aller y jeter ses déchets. Alors on a tous nos petits bacs pour l’alu, le verre, le PET, le papier et carton, les piles, le polystyrène, les plastiques durs, et même les capsules Nespresso (fierté nationale, et je ne parle pas de George Clooney évidemment)…

Finalement tout est question de responsabilité sociale. Reste que c’est plus facile à appréhender (et donc payer, impôts, donations etc) localement, où on connaît les gens, que globalement, à l’échelle de la nation ou d’une fédération de 300 millions d’habitants comme les USA ou l’Europe. Maintenant, Lomi-lomi a raison dans son commentaire à la note précédente, le protectionnisme et le repli sur soi en petites communautés n’ont historiquement jamais été la solution. Mais c’était avant internet, qui affranchit désormais la circulation des idées du temps et de l’espace. Peut-être de nouveaux modèles sont possibles?

A réfléchir.

  

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