Début novembre, alors que les annonces de plans sociaux se succédaient dans la région, une interview du matin sur la RSR a particulièrement retenu mon attention. Elle confrontait simplement le point de vue d’un syndicaliste, soucieux de préserver l’emploi en priorité, à celui d’un responsable de caisses de pension, qui constituent le gros de la retraite des anciens salariés ici, sur l’annonce de Novartis de supprimer le site de Prangins bien que l’entreprise soit bénéficiaire, simplement pour lui permettre de garder la rentabilité qu’attendent ses actionnaires… dont les caisses de pension, assurances-vie, etc.

Autrement questionné par le journaliste: n’est-ce pas donc aussi un peu par la faute des caisses de pension si ces sociétés licencient?

C’est un point de vue intéressant… Nous sommes en 2011. La génération de 1946 atteint ses 65 ans et prend une retraite bien méritée, après 40 à 50 ans de dur labeur. Ses revenus viendront désormais en partie de l’état, donc de l’impôt, en partie du rendement de son épargne, donc du rendement du capital, si elle a pu épargner (la caisse de pension en fait partie). Dans tous les pays occidentaux cette équation est la même, simplement la part de l’état est plus ou moins importante selon les régimes sociaux en place. D’ici 15 ans, année après année, ce sont tous les baby-boomers qui vont suivre ce chemin. Ils ont eu en moyenne 2 enfants, trentenaires ou quadras plus ou moins intégrés dans le marché de l’emploi, qui ont eux-mêmes en moyenne 2 enfants, encore à l’école voire même au biberon.

Bref, dans quelques années, ma génération du milieu, née de 1965 à 1990 en gros, va avoir sur le dos:

  1. Ses parents pour ce qui est de la part de l’état (qui sera soit ruiné, soit assoiffé d’impôt; le résultat est un peu différent selon le revenu disponible, mais dans tous les cas ce n’est pas réjouissant) mais aussi de la part du capital (qui ne sera plus aussi généreusement nourri par leur épargne massive et leur consommation qu’à l’époque de leur activité – y.c. immobilier)
  2. Ses propres enfants qu’il faudra bien aider à étudier et développer leurs propres chemins de vie et projets, avec ou sans l’aide de l’état, si on continue de croire fermement au progrès de l’humanité: l’éducation est le dernier poste sur lequel économiser.

En moyenne 1 actif pour 2 passifs.

Vu sous cet angle-là, je vois mal comment on peut continuer de croire à la pérennité de nos modèles de société actuels. En même temps, je ne peux pas me résoudre au catastrophisme auquel cette analyse conduit facilement, nous allons bien entendu, nous la génération du milieu, résister avant de retourner à la préhistoire!

Il nous faut nous préparer à être le trait d’union entre nos parents et nos enfants, à défaut de trouver de bonnes solutions par nous-mêmes: soutenir les premiers dans la douloureuse prise de conscience de l’effondrement des modèles auxquels ils ont cru naïvement (et donc de leur niveau de vie – même la monnaie Fiat qui les a accompagnés depuis 40 ans n’a plus rien de tangible ces temps-ci), et soutenir les seconds dans leur nécessaire ré-invention de leurs propres modèles (à mon avis, on peut déjà commencer aujourd’hui à leur montrer d’autres valeurs que la consommation à tout prix)…

Bref: il va falloir être solidaires, flexibles, et créatifs.

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