Début décembre, j’ai pris le TGV depuis la Suisse pour me rendre à des réunions de travail à Paris. En commandant mon billet, j’ai noté avec surprise qu’un repas à bord était compris. J’ai trouvé cela bizarre, et acheté mon sandwich à la gare. Bien m’en a pris, car si ce nouveau service Lyria existe bel et bien, il est encore visiblement en rodage sur la logistique: notre voiture était pleine, et seuls les 2/3 ont pu obtenir leur petite collation…


« Le Troll présente un dysfonctionnement de l’échange, du lien social, de la relation, de la capacité à supporter un minimum d’attente à son désir, la contrainte de l’existence d’une volonté différente d’un Autre et de son désir indépendant ». Source: http://www.arbre-celtique.com/divertissements/troll.php

Evidemment, quand on vous promet à manger et qu’il n’y a plus rien, il y a de quoi devenir grognon… un peu troll, quoi. Cela n’a pas raté, un des passagers a commencé à protester, tout-à-fait poliment, mais tout-à-fait clairement.

Evidemment, quand c’est votre boulot le service des autres, et que votre chef ou votre organisation Lyria ou les ordinateurs SNCF qui calculent jusqu’aux statistiques d’estomacs vides dans un TGV en milieu de semaine entre 14h14 et 14h28 (Statistique de temps de service dans la voiture 2 sur ce trajet, si pas respectée, performance à améliorer) ne vous en ont malheureusement pas donné les moyens, il y a de quoi devenir grognon… un peu troll, quoi. Cela n’a pas raté, un des deux « personnel de restauration » a commencé à se défendre, tout-à-fait poliment (et dans les procédures), mais tout-à-fait clairement.

Le crescendo tout-à-fait poli donc, mais tout-à-fait clair aussi, de leurs voix entremêlées dans un même désespoir m’a sortie du fin fond du document technique que j’étudiais tant bien que mal, vaguement isolée du reste du monde par un fond de musique tranquille dans mes écouteurs.

« Désespoir », car pas de solution, a en effet immédiatement analysé mon cerveau rationnel hypertrophié: la multiplication magique des sandwiches ne se pratique plus depuis près de 2000 ans.

« Même désespoir », et moi dans le même lot, avec ma fichue empathie exacerbée et là enfermée dans mon siège, pas moyen de fuir le champ de bataille émotionnelle: car si les mots restaient polis, moi je percevais à chaque nouvel échange la montée de la rage de l’un et de l’impuissance de l’autre, un joli cocktail de colère, tristesse, et peur… tout ce que je déteste!

Plutôt que de me laisser contaminer, j’ai décidé d’essayer de tester une petite technique de distanciation des émotions que j’avais lue récemment. Je me suis concentrée sur les deux protagonistes, en les bombardant du regard (de toute façon, ils n’avaient plus d’yeux que pour eux-mêmes) – j’ai simplement visualisé ces émotions entre eux et moi et les ai neutralisées mentalement. Pfffftttt!!! Mon cerveau rationnel s’est mis à jubiler, car à défaut de résoudre le problème de base, au moins je lui avais trouvé un os à ronger et positif qui plus est. Jubiler, du latin jubilare: pousser des cris de joie. Donc, me voilà pleine de joie au milieu du champ de bataille (pas osé pousser des cris quand même).

Et là, pfffftttt, voilà que nos deux légitimes grognons s’abandonnent à leur tour à la raison, decrescendo, tant pis pour les trolls, on est quand même des êtres intelligents, et civilisés qui plus est… l’embrouille s’arrête là. Ouf!!!

Sauf que… cinq minutes plus tard, le TGV stoppe en pleine campagne. Et moi, avec mon imagination débordante, je me retrouve soudain tout inquiète, est-ce que le personnel de restauration a mis sa menace à exécution, appelé le contrôleur… pour quoi faire? jeter par-dessus bord le pauvre passager affamé? diantre!!!

Mais non, mais non… c’est juste pour moi le temps d’un clin d’oeil… je regarde dehors, et c’est trop drôle… je l’immortalise au zoom du téléphone, juste devant notre voiture…

Le troll attendait sa proie!!!

Morale de l’histoire: restons civilisés et rationnels, amusons-nous avec nos émotions comme si la vie n’était qu’un gigantesque théâtre, et gardons l’oeil ouvert sur les clins d’oeil poétiques du quotidien…

C’est trop drôle la vie quand on la voit ainsi.

Joie-yeux Noël!!!

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