« Quand j’ai dit à mon mari que j’allais faire part de cette aventure, il m’a dit que je n’avais pas assez de voix pour cela. Cela m’a fait si mal que j’en ai pleuré, mais quelque-chose en moi a voulu le faire malgré ses mots. Participer à ce choeur était un rêve que je n’avais jamais pu réaliser: quand j’ai dû indiquer ma localisation sur Google Earth Map, j’y ai trouvé la ville référencée la plus proche à 600km de chez moi. Je vis au fin fond de l’Alaska, et c’est par satellite que je suis connectée au reste du monde. »

Il y a des découvertes dont le partage se passe de mots. Regardez plutôt…

C’est sur le site de The Transitioner dédié à l’émergence de l’intelligence collective que j’ai découvert ce travail collectif inédit.

Cette vidéo m’a tourné dans la tête toute cette semaine.

D’abord, j’étais frappée de la jeunesse des choristes, certainement tous de la génération du tout numérique, sinon ils ne seraient pas arrivés là dès le départ – c’est par les réseaux sociaux, youtube et facebook notamment, que l’appel viral à participer à ce choeur virtuel s’est transmis à 2 reprises, et un prochain appel pour le 3e morceau y tourne actuellement, délai de soumission au 31 janvier. Très belle illustration des avancées que les nouvelles générations vont amener à nos sociétés d’ici quelques années, quand ils seront à leur tour aux commandes politiques et économiques. Personnellement, je me réjouis d’y participer.

Ensuite, il y a derrière ce travail une déformation de l’espace et du temps qui m’a frappée plus que jamais. Difficile de traduire mon ressenti par des mots précis, mais là, en visualisant cette vidéo, il me semble percevoir les émotions à l’unisson exprimées par les chanteurs comme s’ils partageaient cette émotion ensemble au même endroit, au même moment, alors qu’en réalité, ils se sont juste projetés dans leur propre vidéo individuelle à des endroits et des moments complètement disparates. Je trouve cela fascinant et cela va clairement au-delà des expériences d’émotion collective que j’avais vécues jusqu’ici avec les médias conventionnels, comme le 11 septembre 2001 ou le tsunami de 2004. Cette transcendance du temps et de l’espace se retrouve aussi toujours au travers des oeuvres d’art – l’émotion d’un artiste d’il y a bien longtemps continue de se transmettre dans son tableau, dans sa musique, dans sa sculpture, dans sa poésie partout où son oeuvre se diffuse. Mais là, il s’agit seulement de contributions individuelles modestes – la plupart de ces gens n’ont pas la prétention d’être des artistes, ils veulent juste faire une expérience originale, apporter leur petite touche… Et c’est en les combinant qu’on obtient finalement quelque-chose de transcendant, comme si le tout était bien supérieur à la somme des parties.

Le rôle du leader qui initie et synchronise cette création, ainsi que celui de l’équipe technique qui assemble et harmonise le tout dans un visuel également créatif, ne sont pas à négliger, mais sont perçus comme secondaires au final. C’est ce rôle de « simple catalyseur » que j’apprécie particulièrement chez les vrais leaders, ceux qui sont capables de rassembler d’autres énergies individuelles au service d’un projet collectif – ici rassembler des gens de tous horizons alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés, c’est tout de même fascinant!

Ces leaders vont au final être transcendés par l’oeuvre qu’ils ont catalysée, au-delà de leur ego propre… Dans l’interview d’Eric Whitacre sur TED (en anglais), il le dit déjà, au sujet de sa première expérience dans un choeur: « C’est la première fois que je me suis senti faire partie de quelque-chose de plus grand que moi-même ».

Et cela n’a jamais été aussi facile d’initier une telle oeuvre qu’avec le web2.0, et dans tous les domaines, du moment qu’on peut en échanger les composantes par des mots, des images et des sons sur nos réseaux de télécommunication.

Enfin, sur un plan plus personnel, moi je ne sais pas chanter… mais pour la première fois de ma vie, j’ai réalisé qu’être ingénieur en télécommunications a peut-être plus de sens que je ne le pensais encore récemment. Des technologies du satellite à celles d’internet, du chant lyrique au montage vidéo: à chacun sa petite contribution à faire progresser le monde, à la mesure de ses talents.

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