Je crois que la première fois qu’on m’a vraiment parlé d’Europe, j’étais en CM2. Mitterrand avait été élu quelques mois plus tôt. Mon instituteur avait l’enthousiasme de sa génération pour les promesses de 1981, et je crois avec le recul que cet enthousiasme était sincère, au-delà de la retraite à 55 ans.

Au lieu de nous apprendre la Marseillaise, comme le prévoient les textes officiels, mais tout le monde s’en moquait alors, il avait décidé de nous apprendre l’Hymne Européen, sur l’Ode à la Joie, de Beethoven.

Je n’ai jamais oublié les paroles, ni les notes de cet hymne; je peux encore aujourd’hui le chanter… mais j’ai toujours un peu la voix qui tremble et les larmes aux yeux. Je n’ai jamais compris pourquoi… je crois simplement qu’il y avait mis toute son émotion d’alors et que je la retrouve intacte dans ce chant. Apparemment, je ne suis pas la seule.

Une poignée d’années plus tard, j’étais en 3e, on a rajouté des étoiles au drapeau. L’Espagne où ma copine Laurence descendait en vacances devenait soudain plus proche. Et puis l’Allemagne s’invitait régulièrement chez une autre copine, Maryvonne, dont les parents s’occupaient du jumelage de notre petite ville avec une autre petite ville de Bavière. Je trouvais cela fascinant de recevoir des allemands parmi nous après tous les traumatismes encore bien vivants: les deux arrière-grand-pères qui me gavaient de bonbons encore quelques années plus tôt avaient fait Verdun avec leur lot de blessures, et mon grand-père boitait encore un peu lui aussi, d’une blessure de 1940.

Mais au même âge mon père avait pu faire des études universitaires. Progrès. J’ai eu l’agréable impression d’être née dans la bonne génération.

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