1989. La chute du mur de Berlin accompagne mes premiers pas d’adulte, j’ai désormais quitté la maison pour étudier en école d’ingénieurs. Parmi les étudiants français de l’euro-génération X qui partent faire la fête à Berlin sur les restes du Mur au Nouvel An, il y en a deux qui deviendront quelques années plus tard mon mari et mon beau-frère… mais je ne le sais pas encore.

Eté 1991. Je découvre le monde du travail dans une usine de compteurs électriques à Poitiers. Cet été-là, l’URSS implose, et l’Europe est désormais tournée vers l’Est, ses nouveaux marchés et sa main d’oeuvre bon marché: à la fin du mois, c’est le drame, les ouvrières à peine plus âgées que moi en contrat d’interim précaire ne reviendront pas le mois prochain, ni les suivants – une partie de la production va être délocalisée en Roumanie. Tout cela me dépasse, mais une chose est sûre: moi, je veux continuer de me battre pour sécuriser un bon diplôme et bosser dans la R&D. Je fais le pari qu’ainsi, on me délocalisera moins qu’une usine…

Septembre 1992. Ma grand-mère lance le débat à un repas de famille: faut-il voter oui ou non au référendum de Maastricht? je me sens totalement européenne, comme la majorité de ma génération, ce projet me porte, je suis convaincue du « oui »! Ma grand-mère a eu tellement peur des allemands quand elle avait mon âge que tout ce qui peut éviter à sa descendance le même destin remporte son suffrage – mais s’agit-il vraiment de cela? mes parents essaient de comprendre le détail des futures institutions, tout cela est très complexe, personne n’y voit bien clair… mais tant pis pour les détails, là, moi, je vote avec les tripes… je veux juste qu’on construise pour de bon l’Europe de l’hymne à la joie, de l’euro-pop, des voyages et des échanges!

1994. Le programme ERASMUS en plein boom échange désormais 4 fois plus d’étudiants des quatre coins de l’Europe que 5 ans plus tôt. J’ai le choix d’aller faire mon projet de diplôme à Glascow, à Oulu ou à Munich, mais je décide finalement de rester en France pour un stage en entreprise, où je participe à mon premier projet… européen de recherche, coordonné avec des chercheurs espagnols, anglais et norvégiens.

1995. Je me délocalise toute seule, ou plutôt on se délocalise à deux; les règlements universitaires français ne nous donnent pas accès à une thèse sans passer par l’étape du DEA, mais de l’autre côté de la frontière ils sont moins regardants, un diplôme scientifique à bac+5 suffit, et les laboratoires de l’EPFL recrutent leurs chercheurs dans toute l’Europe, pour travailler sur des projets… européens! Ainsi, le premier sujet sur lequel je travaille me permet de collaborer avec une jeune chercheuse allemande et une jeune chercheuse grecque. Je fais mes premiers voyages professionnels en Europe: Bruxelles, Munich, Helsinki et Tampere, Florence, Milan, Bristol, tandis que portugais, autrichiens, irlandais, danois, yougoslaves, suédois transitent par le labo, et mes nouveaux amis sont suisse allemands et romands, demi-norvégienne, espagnols, italiens, mi-allemand mi-hollandais… Les idées fusent et bouillonnent dans le « melting pot ».

Certes, nous avions tous des clichés les uns sur les autres, il a fallu apprendre à les dépasser, à se remettre en question aussi… Mais pour moi désormais, l’Europe était devenue une réalité quotidienne…

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