2010. C’est l’histoire d’un jeune étudiant brillant. Son intelligence vive lui donne accès à toutes les abstractions. Il peut analyser et connecter les données au sein des systèmes les plus complexes. Il sait modéliser, résoudre, concevoir, réaliser. On l’a longuement formé pour lui transmettre tous les savoirs, mathématique, physique, sciences de l’ingénieur, informatique, mécanique, électronique… Une PME vient le chercher alors qu’il est encore en formation car elle a besoin de cette intelligence et de ces savoirs pour continuer d’innover sur les technologies les plus pointues. Ils travaillent ensemble, projet de diplôme pour l’un, projet R&D pour l’autre. Les résultats sont là, forcément. La PME est ravie et propose directement l’embauche. Hélas pour elle, il décline.

L’aspirateur à cerveaux a été plus fort.

2011. C’est l’histoire d’un autre jeune étudiant brillant. Son intelligence vive lui donne accès à toutes les abstractions. Il peut analyser et connecter les données au sein des systèmes les plus complexes. Il sait modéliser, résoudre, concevoir, réaliser. On l’a longuement formé pour lui transmettre tous les savoirs, mathématique, physique, sciences de l’ingénieur, informatique, mécanique, électronique… La même PME persiste. Elle vient le chercher alors qu’il est encore en formation car elle a besoin de cette intelligence et de ces savoirs pour continuer d’innover sur les technologies les plus pointues. Ils travaillent ensemble, projet de diplôme pour l’un, projet R&D pour l’autre. Les résultats sont là, forcément. La PME est ravie et propose directement l’embauche. Hélas pour elle, de nouveau, il décline.

L’aspirateur à cerveaux a été plus fort.

La raison du porte-monnaie est plus forte que la passion de la technologie…
C’est ainsi que les polytechniciens, formés au 19e siècle à développer les industries les plus performantes, puis au 20e siècle à inventer les avancées technologiques les plus fantastiques, se spécialisent désormais au 21e siècle en… mathématiques financières.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=L_w2iuKFHzQ#t=33s

à comparer à 

C’est vrai en France, c’est vrai en Suisse (la PME, c’est une histoire vraie, cela m’a touchée)… en Angleterre, aux USA, en Inde, au Brésil. C’est vrai partout. Pourquoi, alors, s’étonner de la toute puissance du fameux « Marché » qui semble désormais décider de tout, jusqu’aux destinées de nos contrées pourtant démocratiques, mais désormais trop endettées pour être libres? Mais libres nous le sommes, pourtant, de nos choix au quotidien comme du choix du maître à qui nous allons louer nos bras, je veux dire, nos cerveaux… plus ou moins libres aussi (dans la mesure de nos moyens), de nos choix de consommation (dépenses) et d’investissement (épargne). Mais on n’en est même pas conscients, en général, surtout à 25 ans, et cela n’a rien de nouveau – relire Flaubert, Stendhal, Maupassant, et même Zola!

Mais j’observe avec intérêt que certains en reviennent quelques années plus tard, ceux qui ne se sont pas coupés de leur humanité, et ils reviennent alors avec des innovations inspirées plein la tête. J’ai passé il y a 10 jours un après-midi enthousiasmant à en discuter avec un jeune ingénieur (re)venu de deux mondes que je ne connais pas, celui des pays émergents et celui des hedge funds (je ne savais même pas que cela se combinait!) – il ne tient qu’à moi désormais de concrétiser tout cela en un nouveau projet inattendu et improbable, et pourtant peut-être nécessaire… Et hier soir j’ai dévoré en deux heures « Les chemins de traverse » d’Emmanuel Faber. De ce voyage-là je ne suis pas encore revenue, tant j’ai du mal à croire que de tels chemins sont déjà là. Je vais me documenter encore ces prochaines soirées, pour revenir les partager dans une prochaine note, mais déjà ce soir, je suis heureuse de voir ces petites lumières porteuses de sens et d’intelligence, en phase avec les valeurs à la fois humanistes et progressistes qui m’animent profondément, s’allumer ici et là dans ces rencontres que je ne savais même plus espérer moi-même…

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