Emmanuel Faber n’a jamais cessé:

1) de se poser plein de questions, que quantité de lectures philosophiques n’ont jamais complètement assouvies;

2) de reconnaître et se réjouir de la lumière partout où son chemin le mène, des paysages alpins aux regards humains croisés à Manhattan comme à Delhi;

3) de consacrer son énergie et ses forces, que l’on devine immenses, à gagner, progresser, conquérir, dans les négociations les plus âpres, les deals les plus énormes, mais aussi la quête la plus universelle et la plus ultime: la recherche de sens, voire d’une certaine transcendance, bien au-delà des systèmes dans lesquels nous sommes plongés au quotidien…

Je me suis vraiment réjouie à la lecture de ses « Chemins de traverse – un dirigeant de multinationale hors des sentiers battus ». Car Emmanuel Faber n’est pas seulement l’être intelligent et sensible que l’on devine à travers ce qu’il a bien voulu dévoiler dans son essai; c’est aussi un homme de pouvoir, sorti de HEC au début de l’expansion de la finance dans les années 80, formaté dès son premier jour de travail dans un prestigieux cabinet de conseil en stratégie par son chef qui lui explique que « les chauffeurs de taxis doivent comprendre que tu n’es pas du même monde » (sic!), banquier d’affaires à 26 ans, directeur financier du groupe Danone à 36 ans, il est actuellement le n°2 de Danone, multinationale de 100000 employés, 17 milliards de CA et 1.6 milliards de bénéfice (2010). Et pour 10000 euros gagnés par Danone, il en touche environ 1, ce qui fait beaucoup, beaucoup d’argent.

Est-ce que l’argent et le pouvoir l’ont rendu fou? non, car il n’y a jamais cherché, et encore moins trouvé, le sens de sa vie ici-bas – çà, il l’a cherché dans le don de lui-même jusque dans les causes les plus improbables le long d’un parcours comme le sien: du bénévolat dans un dispensaire indien (détails dans le livre pour ceux qui n’y croiraient pas) à l’accompagnement de soins palliatifs pendant sa pause déjeuner dans un hôpital parisien, et, plus récemment, dans l’innovation « social business » encouragée chez Danone par le patron lui-même, en partenariat avec Mohammad Yunnus, inventeur du micro-crédit et prix Nobel de la Paix en 2006.

Emmanuel Faber partage aussi ses joies qui ne se paient même pas, comme de jouer du Bach et du Chopin sur tous les pianos qu’il arrive à trouver partout où il voyage, et d’échanger ainsi avec tous les mélomanes qui le tutoient soudain, peu importe qu’ils soient au volant du taxi ou derrière la caméra de la conférence: ils sont du même monde… Et aussi bien sûr l’émerveillement de la nature dans ce qu’elle a de plus majestueux, et simple d’accès pourtant, pour cet ancien gamin des Alpes dont les copains d’enfance sont encore guides de montagne ou paysans.

Quand j’ai fermé le livre, la première chose que je me suis dite, c’est « Whaoh! c’est donc possible?! ».

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