Hier matin, il est venu me réveiller avec un grand sourire: « ils ont réussi! ». Le soleil était déjà haut, car moi je suis trop paresseuse, surtout en régime grandes vacances, pour suivre en direct les actualités de nos explorations technologiques à 15 minutes-lumière du petit matin, ici en Europe. Mais c’était vraiment agréable de démarrer la journée ainsi, loin des sempiternelles mauvaises nouvelles des attaques en Syrie, de la dette de Madrid et de la pourriture des récoltes de cet été.

Donc, à 7h31 hier matin (heure française), le robot Curiosity a été parachuté sur Mars, après 8 mois de voyage et des millions de km, à seulement 250m de sa cible. Il y a de quoi être fier, pour tous les ingénieurs et techniciens qui ont contribué à ce projet de la NASA depuis 10 ans. Je me suis intéressée hier soir à leurs profils: difficile de s’y retrouver, entre les blogs, les tweets, les interviews; certains ont déjà leurs légendes bien rodées, du gamin qui écoutait les nouvelles de la sonde Viking sur la BBC en ondes courtes dans une ferme en Argentine une nuit de 1976 à celui qui s’est demandé pourquoi les étoiles changeaient de place pendant ses nuits de sex & drugs & rock’n’roll d’ado désoeuvré à LA , au point de décider d’aller les étudier de plus près, jusqu’au PhD… Mais s’il n’y a pas que des Américains dans l’aventure, comme l’a rappelé la NASA, difficile de trouver autant de com sur le boulot des autres, et notamment de l’ESA, du moins en ligne; les médias régionaux font un peu mieux: ce matin par exemple, Ouest France offre une page d’interview à un chercheur toulousain embarqué dans l’aventure.

Pourquoi je m’intéresse à l’ESA plus spécifiquement? parce que, étant contribuable en Suisse, je lui fournis statistiquement une modeste contribution de SFr.20 chaque année via mes impôts fédéraux. Le budget spatial de la Suisse est d’environ 150 millions de $ annuels, alloués à l’ESA car la Suisse n’a pas de programme spatial national. Le projet Curiosity pour sa part a nécessité un financement de 2.5 milliards de $ sur 10 ans. Il y a quelques jours, quelqu’un m’a dit de ce budget que « c’est beaucoup trop! » en faisant référence à la faim dans le monde. J’ai trouvé cette comparaison déprimante… comme si on devait se priver de rêves tant qu’il existe des cauchemars! Alors j’ai cherché d’autres chiffres.

2.5 milliards de dollars, c’est, sur les 10 dernières années, ce qu’ont coûté environ 15000 nouvelles maisons construites chaque année dans un pays comme les USA (prix moyen entre 150000 et 200000$ sur cette période). C’est donc l’équivalent de 15000 rêves de nouveaux propriétaires. Une paille…

2.5 milliards de dollars suffisent aussi tout juste aujourd’hui à rembourser 12% de la consommation mondiale d’anti-dépresseurs (qui sont aussi pris en charge par les impôts, via assurance maladie universelle, dans les pays gros consommateurs comme la France). Marché en pleine croissance par ailleurs: trop de cauchemars, sans doute…

2.5 milliards de dollars, ce n’est même pas 1% de tout ce que l’humanité dépense en une seule année en drogues illicites (alcool et tabac exclus, donc) pour se faire artificiellement plaisir, quand le rêve ne suffit plus ou qu’il faut fuir les cauchemars, ou la réalité devenue trop cauchemardesque.

Alors, en perspective, financer un peu de rêve collectif pour démontrer la capacité de notre espèce à explorer l’univers, bien au-delà de ce que nos limites physiques nous permettent, me paraît bien raisonnable…

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